On les aperçoit très souvent sur les vielles cartes postales et illustrations, les chevaux ont longtemps été utilisés dans les brasseries pour transporter les matières premières et livrer leurs productions. Si on peut découvrir en Europe encore quelques rares exemples de ces chevaux et de leurs harnachements notamment en Allemagne durant l’Oktoberfest, en France, Yvette le dernier cheval de brasserie français a servie jusqu’en 1973.

 

Chevaux de Traits

 

La domestication du cheval remonterait à 8000 ans avant notre, les preuves archéologiques de son utilisation à des fins motrices par la culture Botaï dans les steppes au nord du Kazakhstan datent de -3500. Le cheval a longtemps été utilisé intensivement par l’homme pour le transport et les travaux agricoles et la révolution Industrielle du 19ème siècle à démultiplié son utilisation. En fait la plupart des races n’existaient pas avant le 18ème siècle, descendants des chevaux servant aux travaux des fermes, ces chevaux de travail sont plus trapus plus calmes mais moins rapides que les chevaux d’équitation, ils mesurent entre 160 et 180 cm et pèsent entre 500kg et une tonne. Utilisés pour le transport, les travaux industriels et agricoles, les chevaux de labour étaient utilisées notamment dans les houblonnières jusque dans les années 60, l’introduction des tracteurs conduisit d’ailleurs à l’écartement des lignes afin de faciliter leurs passages.

En France, il existe 9 races de chevaux de traits : Ardennais, Auxois, Boulonnais, Breton, Comtois, du Nord, Normand, Percheron, Poitevin. En Belgique, des chevaux de la race nationale, le Brabaçon, sont d’ailleurs encore utilisés par la Brasserie Suisse Feldschlösschen qui doit bien être la dernière en Europe de l’ouest à effectuer ses livraisons avec un attelage de six chevaux. Cette brasserie était par ailleurs très connue des brasseurs français autrefois, les levures de fermentation basse à une époque y étant toutes originaires. Aux Etats-Unis, la race des Clydesdales de Budweiser, originaire d’Ecosse, est devenue l’un des symboles de la marque au XXème siècle qui apparaissait notamment durant les Super Bowls.

 

Chevaux de Brasserie

 

Les fêtes de l’oktoberfest en Allemagne sont l’occasion de mettre en valeur les attelages de brasseries décorées majestueusement et souvent floquer de publicités pour parader dans la ville et réaprivionner les chapiteaux des festivités en fûts de bières ou en tout cas simuler la livraison des fûts de bois.

Le harnachement des chevaux est particulièrement travaillé et l’équipement complet comprend de nombreux accessoires :

harnachement cheval brasserie

 

En effet, en Allemagne comme en France, les chevaux étaient utilisés uniquement pour le transport de matières premières et de la livraison aux commerces et aux cafetiers. Notre article sur l’histoire des Brasseries à Marseille faisait référence à se souvenir « de convois de 36 chevaux » parcourant la ville.

Les chevaux de brasseries avaient la réputation d’être en bonne santé surtout ceux travaillant pour une brasserie-malterie, plus répandu autrefois, qui nourrissaient les chevaux en orges. En effet les chevaux bénéficiaient des « orgettes » les petits grains d’orges plus riche en matières grasses et en protéines mais ayant moins d’amidon que les plus gros recherché par les brasseurs (par ailleurs les drèches constituent également une excellente alimentation pour les chevaux). Pierre Millet raconte l’anecdote d’un Directeur de l’école de brasserie de Nancy dans les années 60, Monsieur Urion qui expliquait que les chevaux de traits « compte tenu de la richesse protéique et lipidique de son alimentation présentaient des croupes rebondies explicant ainsi l’expression daté de cette époque, elle a le cul comme une jument de brasseur ! ».

 

Yvette le dernier cheval de brasserie français

 

Le dernier cheval de brasserie français s’appelait Yvette, c’était une jument, dans la tradition des chevaux de trait et était un des fidèles serviteurs de l’ancienne brasserie de l’Espérance sise à Schiltigheim qui fut une des brasseries participante à la formation en 1971 du groupe alsacien l’ALBRA (Alsacienne de Brasserie) avant que ce dernier soit repris en 1972 par le brasseur Hollandais Heineken. C’est juste après les quelques mois qui suivirent la reprise de la brasserie de l’Espérance par le brasseur Hollandais, en janvier ou en février 1973 que mourut Yvette.

 

 

Cette Jument était choyée par tous le personnel de la brasserie , et au plus haut niveau par le directeur Technique de la Brasserie , à l’époque monsieur Hauer qui se chargeait personnellement de veiller à ce que son entretien soit correctement réalisé, c’est lui qui le matin avant de faire sa ronde de contrôle technique dans l’usine, lui apportait un seau d’eau fraîche et quelques friandise, laissant ensuite le soin au palefrenier a son service de la préparer pour sa tournée de livraison dans le secteur autour de la brasserie.

Son habitat à la brasserie était situé de l’autre côté de la route, en face de l’entrée principale ou l’entreprise disposait d’une aire réservée aux camions en attente de chargement et d’un parking pour le personnel. C’est dans ce secteur l’on pouvait découvrir son écurie aménagée dans un petit local discret. Sa charrette, préparée pour sa tournée était chargée en fûts, en caisses de bouteilles de bière, en tubes de gaz carboniques, sans oublier la caisse de bière qui représentait la dotation en boisson du cocher jugée nécessaire à sa consommation journalière et définie par la convention collective des brasseurs d’Alsace concernant le personnel de brasserie. En fait ce dernier n’en avait nul besoins sollicité à chaque arrêt de l’attelage par une invitation à boire du cafetier livré. Et de café en restaurant, la libation proposée aux dires des mauvaises langues faisait que le cocher devenait dépendant de son cheval qui connaissait les prochains lieux à livrer, et s’y arrêtait sans qu’on le lui ordonne, son pas pesant auxquels les fers des sabots communiquait une sonorité caractéristique alertait le tenancier qui aidait à la livraison ménageant ainsi le maître de l’attelage. Yvette parait-il, savait rentrer seule a la brasserie, son cocher - livreur assoupi, savait pourtant se réveiller a temps pour dételer l’animal et lui prodiguer les premiers soins après avoir fait décharger là où il le fallait les vidanges en retour de clientèle ( En 1973, l’emballage perdu qui s’installa en France au début des années 70, n’avait pas gagné l’Alsace, et c’est surtout l’emballage consigné qui régnait en maître accompagne du triage fastidieux des emballages vides en retours ).

Dans le secteur autours de la brasserie le couple formé par Yvette et son cocher était célèbre, il participait au folklore du quartier et à la joie des enfants sur son passage. La tristesse fut longue à se dissiper dans les semaines qui suivirent ce jour de Janvier ou février 1973, quand Yvette mourut de vieillesse, elle avait abandonné sa mission quelques temps seulement avant sa mort. Quand l’équarisseur vint enlever le cadavre de l’animal, Monsieur Hauer était présent et quand le véhicule qui emmenait la dépouille d’Yvette démarra pour quitter l’enceinte de la brasserie ou s’étaient réunis quelques ouvriers. Il ôta son chapeau pour saluer et rendre un hommage, une dernière fois au vieux serviteur. 

 

Concurrencés progressivement par d’autres moyens motorisés, la fin de l’utilisation du cheval dans l’industrie intervient dans les années 70. Pour sauver les races nationales à l’époque, on a promu sa consommation en boucherie.

Les chevaux sont restés utilisés dans des activités comme le débardage –le transport de bois en Forêt-, mais l’on assiste à un mouvement de réintroduction depuis une dizaine d’années qui met en avant l’intérêt environnemental et l’aspect durable. Dans les travaux agricoles comme en viticulture notamment pour les travaux des sols souffrant du phénomène de tassement induit par le passage des machines, entraînant un taux d’activité biologique des sols supérieur de 40%. Mais aussi en pour le maraichage et l’entretien d’espace vert ainsi que pour les loisirs ou le halage des bateaux.

Un néohoublonnier utilise déjà un cheval en France, et de plus en plus de brasseurs cultivent leurs houblons et leurs orges et ont une distribution très locale. Qui sait si dans certaines régions le cheval ne pourrait-il pas retrouver sa place chez un brasseur ?!…

Vincent Ferrari & Pierre Millet

Nous profitons de cet article pour vous souhaiter un Joyeux Noël et de bonnes fêtes de fin d’Année !

 

Sources / Refs :

https://www.feldschloesschen.ch/l-univers-feldschlosschen/chevaux-de-brasserie

http://yserhouck.free.fr/Textes/houblon2.htm

https://www.energie-cheval.fr

http://www.techniquesdelevage.fr/2019/03/dreches-de-brasserie-fraiches-pour-l-alimentation-des-chevaux.1-mode-d-emploi.html

 

Bonus :

Vous devez être connecté pour écrire un commentaire. Inscrivez-vous!

Ce site peut utiliser des cookies pour gérer l'authentification et les statistiques.
En utilisant notre site, vous acceptez l'utilisation de ces cookies.