Le saviez-vous ? La découverte du pH est étroitement liée à l’histoire de la bière. En 1909, le chimiste danois Søren Peter Lauritz Sørensen, au laboratoire Carlsberg, inventa la mesure du pH, permettant de quantifier la concentration d'ions hydrogène (H⁺) dans une solution et ainsi de déterminer son acidité ou son alcalinité. Une variation même minime du pH, comme celles qui se produisent lors de l’ébullition, peut avoir un impact majeur sur la qualité de la bière finale. Le pH joue en effet un rôle essentiel dans le brassage en influençant l’efficacité enzymatique, la stabilité de la mousse, la couleur, le goût et la conservation. Une gestion précise du pH optimise donc la clarté, améliore la fermentation, garantit la stabilité microbienne et affine les caractéristiques organoleptiques de la bière.

 

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Qu’est-ce que le pH, comment le mesure-t-on et quels sont les facteurs qui l’influencent ?

 

Le pH, abréviation de "potentia hydrogenii" ou « potentiel hydrogène », est une mesure chimique qui évalue l'acidité ou la basicité d'une solution aqueuse. Il est défini comme le logarithme décimal négatif de la concentration en ions hydrogène (H⁺) présents dans le milieu : pH = –log[H⁺]. En d'autres termes, plus la concentration en H⁺ est élevée, plus le pH est bas, et plus la solution est acide. L'échelle du pH s'étend de 0 à 14 : une valeur de 7 correspond à un milieu neutre (comme l'eau pure à 25 °C), une valeur inférieure à 7 indique un milieu acide, tandis qu'un pH supérieur à 7 reflète un milieu basique (ou alcalin). Cette échelle est logarithmique, ce qui signifie qu'une variation d'une unité représente une modification d'un facteur 10 de la concentration en ions H⁺ : par exemple, une solution à pH 4 est dix fois plus acide qu'une à pH 5.

Il est important de ne pas confondre le pH avec l'acidité totale. Le pH mesure uniquement les ions hydrogène libres en solution, tandis que l'acidité totale prend en compte l'ensemble des acides présents, y compris ceux qui ne libèrent pas immédiatement leurs protons. Ainsi, deux liquides peuvent avoir un pH identique mais des profils d'acidité très différents.

 

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Mesure du pH :

 

La mesure du pH s'effectue à l'aide d'instruments spécifiques appelés pH-mètres, qui utilisent une électrode sensible aux ions H⁺ pour détecter la concentration d'acidité dans une solution. L'électrode la plus couramment utilisée est une électrode de verre combinée, composée de deux éléments : une électrode de mesure et une électrode de référence, réunies dans un même corps. Lorsqu'elle est immergée dans un liquide, elle génère une différence de potentiel électrique proportionnelle à la concentration en ions H⁺. Cette tension est ensuite interprétée par le pH-mètre et affichée sous forme de valeur numérique.

Pour garantir la fiabilité des mesures, il est crucial de calibrer régulièrement l'appareil à l'aide de solutions tampons de pH connu, généralement à pH 4, 7 et 10. La température joue également un rôle essentiel dans la précision de la mesure, car elle influence la mobilité des ions et le potentiel de l'électrode. De nombreux pH-mètres sont donc équipés de capteurs de température intégrés, permettant une compensation automatique. Il est également important de suivre certaines précautions : rincer soigneusement l'électrode entre chaque mesure, éviter les dépôts ou les bulles d'air, et la conserver dans une solution adaptée pour préserver sa sensibilité.

 

Facteurs influençant le pH :

 

Le pH d'une solution peut fluctuer sous l'influence de divers facteurs physico-chimiques. La température est l'un des plus significatifs : elle affecte directement la dissociation des molécules et le comportement des ions H⁺ en solution. Une solution neutre à 25 °C (pH 7) peut voir son pH légèrement diminuer ou augmenter en fonction des variations de température, sans que la composition chimique de la solution ne change.

Les systèmes tampons, composés de couples acide/base conjugués, jouent également un rôle crucial dans la stabilité du pH. Ces systèmes permettent de limiter les variations brusques du pH en absorbant ou en libérant des protons, comme c'est le cas avec l'acide lactique et son sel (lactate), souvent présents dans les milieux fermentés.

L'activité microbienne est un autre facteur clé. Les levures et les bactéries métabolisent des sucres ou des protéines, produisant des acides organiques (lactique, acétique, succinique, etc.) ou du CO₂, ce qui modifie progressivement le pH au cours de la fermentation. À l'inverse, certaines bactéries peuvent consommer des acides et augmenter le pH. D'autres éléments, tels que les sels minéraux, les composés volatils (notamment le CO₂ dissous) ou encore l'aération, peuvent également influencer le pH en altérant les équilibres ioniques du milieu.

De plus, les malts foncés sont naturellement plus acides que les malts clairs, influençant directement le pH du moût.

La compréhension de ces facteurs est essentielle pour maîtriser et anticiper les variations du pH, notamment dans les processus biologiques ou fermentaires, où une dérive du pH peut compromettre la qualité du produit final.

 

Le pH dans les milieux de fermentation

 

Dans les processus de fermentation, le pH joue un rôle crucial en influençant à la fois la croissance des micro-organismes et leurs activités enzymatiques. Chaque espèce, qu'il s'agisse de levures, de bactéries lactiques ou acétiques, possède une plage de pH optimale pour se développer efficacement. Un pH mal ajusté peut ralentir, voire stopper la fermentation, ou favoriser l'apparition de microflores indésirables.

Au cours de la fermentation, le pH évolue naturellement. Par exemple, lors de la fermentation alcoolique, les levures produisent des acides organiques qui abaissent progressivement le pH du milieu. Cette acidification limite la croissance de bactéries concurrentes et contribue à la stabilisation microbiologique du produit. Dans les fermentations lactiques, comme pour les yaourts ou certaines bières acides, la chute du pH est encore plus marquée et recherchée.

Le pH influence également l'action des enzymes. Un déséquilibre peut altérer leur fonctionnement, ralentir les réactions métaboliques, voire dégrader les arômes et la texture du produit final. De plus, il affecte la solubilité des protéines, des sels minéraux et la floculation des levures. Par exemple, les bêta-amylases, qui produisent du maltose, fonctionnent mieux avec un pH entre 5,1 et 5,3, tandis que les alpha-amylases préfèrent un pH autour de 5,3 à 5,7.

Enfin, la maîtrise du pH est essentielle pour garantir la sécurité alimentaire, la stabilité du goût et la conservation du produit. Elle constitue donc un levier de contrôle incontournable dans tout procédé fermentaire, qu'il s'agisse de bière, de vin, de produits laitiers ou de végétaux fermentés.

 

Importance du pH en brasserie

 

En brasserie, le pH influence chaque étape du processus de fabrication de la bière, de l'empâtage à la fermentation, en passant par la clarification et la stabilité du produit fini. C'est un paramètre central pour garantir la qualité, la régularité et la sécurité.

Lors de l'empâtage, un pH optimal, généralement compris entre 5,2 et 5,6, favorise l'action des enzymes responsables de la transformation de l'amidon en sucres fermentescibles. Un pH trop élevé peut réduire l'efficacité enzymatique, entraînant une mauvaise conversion des sucres et donc une fermentation incomplète. À l'inverse, un pH trop bas peut altérer la solubilité des protéines et des sels minéraux, affectant la clarté et le goût. Un pH plus élevé (>5,8) favorise la solubilité des tanins, créant une sensation astringente dans la bière, bien que le pH de la maische soit généralement suffisant pour limiter l'extraction excessive des tanins. Cependant, l'eau de rinçage peut affecter le pH et rendre la bière plus amère si elle est trop alcaline.

Pendant l'ébullition, un pH bien ajusté (généralement entre 5,2 et 5,4) améliore la précipitation des protéines, stabilise les composés phénoliques et favorise l'isomérisation des acides alpha du houblon, influençant ainsi l'amertume. Il contribue également à la couleur et à la stabilité colloïdale de la bière.

Au stade de la fermentation, le pH influence la vitalité des levures. Une légère acidité (pH autour de 4,0 à 4,5) limite les contaminations bactériennes tout en maintenant une bonne activité fermentaire. Après fermentation, un pH stabilisé est un indicateur de bonne conservation et de protection contre les altérations microbiennes.

Enfin, le pH agit sur les caractéristiques sensorielles : arômes, astringence, perception de l'amertume et sensation en bouche. Il est donc un levier majeur de maîtrise technologique et organoleptique pour le brasseur.

 

plage ph optimale brassage biere

Étapes critiques du processus et leurs plages de pH optimales

 

 

Effets du houblonnage à cru sur le pH et ses implications sur la bière

 

Le houblonnage à cru, ou dry hopping, bien qu'apprécié pour ses apports aromatiques intenses, influence significativement le pH de la bière. Des études ont montré qu'il entraîne une augmentation du pH comprise entre 0,025 et 0,036 unités pour 100 g/hl de houblon. Cependant, cet effet peut être modéré par des taux de houblonnage très élevés ou une densité de moût plus importante. L'origine de cette élévation du pH ne provient pas de la lupuline, riche en acides alpha et en huiles essentielles, mais des fractions végétales du cône de houblon, solubles dans l'eau.

Cette modification du pH a plusieurs répercussions sur les caractéristiques sensorielles et physico-chimiques de la bière. Sur le plan organoleptique, des tests sensoriels ont révélé que les bières avec un pH plus élevé sont souvent perçues comme plus amères et globalement plus plaisantes. À l'inverse, les bières acides ou "sour" ont été jugées moins agréables, bien que l'effet varie selon l'acide utilisé (l'acide lactique semblant mieux toléré selon certaines études, notamment celles de Scott Janish).

D'un point de vue technique, l'augmentation du pH a un impact négatif sur la rétention de mousse. Des taux élevés de houblonnage à cru, en particulier sur des durées prolongées, tendent à réduire la stabilité de la mousse, notamment après plusieurs jours de contact. En fermentation, le pH initial influence également la production d'esters : un pH élevé (autour de 7,0) favorise leur synthèse, tandis qu'un pH plus bas (3,0) réduit leur concentration. Enfin, le pH conditionne les interactions entre protéines et polyphénols, responsables de la formation de brume. Ainsi, un pH plus élevé favorise cette turbidité, surtout dans des bières au taux d'alcool de 6 %.

Le houblonnage à cru modifie ainsi l'équilibre de la bière en élevant son pH, ce qui influe sur l'amertume perçue, la production d'esters, la stabilité de la mousse et la turbidité.

 

ph styles de bieres

 

 

Le contrôle du pH en brasserie

 

Le contrôle du pH est une pratique indispensable pour assurer la cohérence du procédé brassicole et la qualité du produit final. Il permet d'anticiper ou de corriger des dérives susceptibles d'impacter l'efficacité des étapes de brassage et la stabilité microbiologique de la bière.

Pour cela, les brasseurs doivent effectuer des mesures régulières à différents stades clés : empâtage, rinçage, ébullition, refroidissement, fermentation, et même en post-fermentation. Un pH-mètre calibré et bien entretenu est l'outil principal utilisé, permettant des mesures rapides et fiables.

Lorsque le pH s'écarte des plages optimales, plusieurs leviers d'ajustement peuvent être activés. L'ajout de sels acides, comme le sulfate de calcium ou le phosphate monopotassique, ou de substances acidifiantes, telles que l'acide lactique ou l'acide phosphorique, permet de corriger un pH trop élevé. Inversement, des ajustements alcalins (rarement nécessaires) peuvent être apportés par des bicarbonates ou d'autres bases douces.

Le choix de l'eau de brassage est un facteur crucial : sa composition en ions minéraux (dureté, alcalinité) influence directement le pH tout au long des différentes étapes du processus. Pour maîtriser cet impact, de nombreux brasseurs ajustent la composition de leur eau ou utilisent de l'eau traitée afin de mieux contrôler le profil de pH. L'eau dure, riche en calcium, magnésium et bicarbonates, a tendance à être alcaline, tandis que l'eau douce, plus pauvre en minéraux, est généralement acide. Le concept d'alcalinité résiduelle (RA) permet de mesurer l'effet combiné de ces minéraux sur le pH et d'optimiser ainsi les conditions de brassage.

Enfin, le contrôle du pH participe à la reproductibilité des recettes, à la limitation des contaminations, à l'amélioration des rendements enzymatiques et à l'optimisation du profil aromatique. C'est donc un indicateur clé que les brasseurs doivent apprendre à maîtriser avec précision et intuition.

 

VF - Btobeer

Source/référence :

The Impact of pH on Beer -  Thomas Kraus-Weyermann & Horst Dornbusch - The New Brewer : brewersassociation.org/the-new-brewer/july-august-2024/
A Look at pH in Hoppy Beers - Scott Janish : scottjanish.com/a-look-at-ph-in-hoppy-beers/
The Principles of pH - Chris Bible : byo.com/article/the-principles-of-ph/

 

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